Condition ouvrière et syndicalisme en Chine
Condition ouvrière et syndicalisme en Chine. Les relations sociales deviennent de plus en plus tendues en Chine du sud et ce climat de tension sociale pourrait aboutir à une grève générale.
Depuis 1 an, on voit se multiplier les conflits du travail en Chine. Les salaires chinois augmentent et la main d’oeuvre chinoise devient de plus en plus chère. Les conflits sociaux dans les entreprises chinoises se font de plus en plus sentir, et certains parlent de la possibilité d’une grève générale en Chine du Sud.
Jusqu’à présent, les grèves étaient très difficiles à organiser en Chine, du fait de la pression de l’Etat chinois.
Le revenu moyen des ouvriers chinois est 10 fois supérieur à celui des paysans chinois. Mais le rythme de travail des ouvriers chinois ne cesse de croitre, à cause de la demande toujours en augmentation.
Aujourd’hui, beaucoup de Chinois ont changé de discours par rapport à il y a quelques années… Il y a encore 4 ou 5 ans, les chinois se moquaient des travailleurs européens, trop paresseux à leurs yeux… Mais avec la charge de travail qui a fortement augmenté pour les ouvriers chinois, ils ont finalement changé leur fusil d’épaule et souhaitent maintenant voir leur rythme de travail réduit.
Les salaires des ouvriers chinois n’ont pas augmenté au rythme de la croissance économique chinoise. Ils restent des salaires de pays du tiers-monde dans une région qui arrive au PIB par habitant des pays européens les moins aisés.
Aujourd’hui, les ouvriers chinois ont entendu parler des salaires obtenus dans d’autres usines à la suite de grèves, ne craignent pas le chômage, et commencent donc à être tentés de faire grève à leur tour, mais ne savent pas vraiment comment s’y prendre pour l’instant.
Maintenant, les patrons chinois se retrouvent face à des ouvriers qui discutent ouvertement des salaires et cela est nouveau pour eux.
Depuis quelques mois, les dirigeants d’entreprises occidentales se rendent compte que même les augmentations de salaires, ou les avantages concédés, ne suffisent plus à calmer les discussions des ouvriers chinois dans les ateliers. Une situation nouvelle en Chine.
Face à des ouvriers chinois qui n’ont pas peur des conflits sociaux, le pouvoir est beaucoup plus divisé sur la question du risque social.
Le monde des pouvoirs chinois est traversé par des débats très vifs sur les politiques à mettre en œuvre. Cela est particulièrement visible en matière de gestion des conflits du travail.
Le pouvoir central intervient assez peu sur ces conflits sociaux mais ne nie pas pour autant la croissance du nombre de conflits sociaux. Depuis 2 ans, le pouvoir note une augmentation constante du nombre de conflits sociaux et s’attend à d’autres conflits sociaux encore plus grands.
Généralement, ce sont les autorités municipales qui ont à charge d’intervenir sur les conflits du travail. Ce sont elles qui gèrent la vie quotidienne des Chinois. Elles gèrent notamment les droits sociaux qui varient considérablement d’une ville à l’autre. Le salaire minimum est généralement fixé ville par ville. Le syndicat apparaît dans les faits comme une autorité municipale.
Dans les conflits, les autorités municipales seront plutôt sensibles aux arguments des employeurs plutôt qu’à ceux des ouvriers. Ainsi, les villes peuvent envoyer la police, ou mobiliser le syndicat pour terminer un conflit social.
Les salariés chinois n’ont actuellement aucun véritable mode de représentation du fait de la répression violente de toute organisation visant à représenter les salariés. Cette situation rend particulièrement difficile la gestion des conflits sociaux, les directions devant deviner pourquoi il y a conflit social sans pouvoir rencontrer de représentants des personnes en conflit.
Dans la constitution chinoise, le syndicat est d’abord un organe de propagande du Parti tourné vers les salariés. Une grande partie de l’action syndicale chinoise consiste en diverses campagnes d’éducation sociale. Le syndicat ne représente pas les salariés, il les défend en cherchant ce qui peut améliorer la situation ouvrière.
Depuis un an, le syndicat chinois se voit assigner une nouvelle mission par le pouvoir central : il s’agit d’aider à réduire les tensions sociales. La première conséquence est d’augmenter la présence du syndicat chinois dans les entreprises. En fait, le syndicat chinois est surtout présent dans les entreprises d’Etat et dans les Joint-Ventures.
Actuellement, le syndicat chinois cherche à entrer dans les entreprises 100% étrangères. Ces dernières n’y sont en général pas très favorables dans la mesure où elles perçoivent le syndicat comme une instance bureaucratique qui alourdit le fonctionnement de l’entreprise, augmente les coûts sociaux, sans vraiment faire baisser les tensions sociales dans les entreprises. Le syndicat est pratiquement absent des entreprises privées chinoises. Le syndicat peut même devenir une nuisance en cas de conflit social.
En cas de grève, le syndicat chinois n’hésite pas à prendre l’initiative pour renvoyer des salariés grévistes, ou embaucher des non-grévistes. Cela peut désorganiser les ateliers, tout en créant un ressentiment contre l’entreprise. Il n’est pas rare que le syndicat envoie des milices pour taper sur les grévistes.
Il existe des syndicalistes cantonais qui estiment qu’ils doivent se placer résolument du côté des travailleurs contre les patrons. Cette position est plus facile à tenir quand le patron est étranger.
Il existe aussi des militants de la condition ouvrière qui échappent au syndicat et se battent pour l’amélioration du sort des ouvriers. Certains agissent dans le cadre d’ONG de formation ou de conseil. Ce sont souvent des étudiants qui décident de passer un peu de leur temps à aider les ouvriers à s’en sortir.
Leur action consiste essentiellement à informer les ouvriers chinois de leurs droits et des institutions qui peuvent prendre leur défense en cas d’abus.
Les autorités reconnaissent parfois l’utilité de leur action qui se maintient généralement dans un cadre légal. Ainsi, le syndicat peut exiger qu’un employeur les paie pour donner à leurs salariés une formation sur leurs droits.
Il existe d’autres activistes plus décidés à défendre les droits des travailleurs, y compris par des grèves. Ces activistes sont pourchassés par les autorités.
Leur action n’est pas très difficile car ils tiennent un discours assez proche des opinions d’une grande partie des ouvriers chinois. Ils expliquent aux autres ouvriers qu’ils sont exploités et que leur situation peut s’améliorer par la lutte sociale. Et surtout, ils donnent le départ du conflit.
Le pic des conflits sociaux n’a pas encore été atteint en Chine, il reste de la marge pour les augmentations de salaires. Tous ces éléments font prévoir que les salaires vont monter rapidement dans le Sud de la Chine.
source: rue89
Tags: chine, Relations sociales, syndicat, tensions socialesCrise • Dialogue social • Droit du travail • Gestion de crise • Relations sociales • Syndicats • greve



le 13 février 2011:
[...] arguments des employeurs qu’à ceux des ouvriers », comme le note une analyse sur le thème Condition ouvrière et syndicalisme en Chine. Toutes proportions gardées, la Chine se trouve aujourd’hui dans une situation [...]